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miércoles, enero 08, 2014

Marguerite Yourcenar / No debí dudar...












No debí  dudar; debí acudir
debí llamar; no debí callar.
He seguido por demasiado tiempo mi camino solitario;
nunca presentí  que fueras a morir.

Nunca presentí  que vería agotarse
el manantial en el que una bebe y se refresca;
No comprendí que bajo la tierra yacen
frutos amargos y dulces que la muerte debe madurar.

El amor no es más que un nombre, la existencia sólo un número;
bajo la ruta del sol yo encontré tu sombra;
mis remordimientos tropiezan con los ángulos de una tumba.

La muerte, menos indecisa, te ha alcanzado.
Si piensas en nosotras tu corazón se compadece
porque una queda ciega cuando se extingue una antorcha.


Marguerite Yourcenar (Bruselas, 1903- Northeast Harbor, Maine, 1987), Les Charités d’Alcippe, Gallimard, 1929
Versión de Marina Kohon


Je n'ai su que'hésiter…

Je n’ai su qu’hésiter ; il fallait accourir ; 
Il fallait appeler ; je n’ai su que me taire. 
J’ai suivi trop longtemps mon chemin solitaire ; 
Je n’avais pas prévu que vous alliez mourir. 

Je n’avais pas prévu que je verrais tarir 
La source où l’on se lave et l’on se désaltère ; 
Je n’avais pas compris qu’il existe sur terre 
Des fruits amers et doux que la mort doit mûrir. 

L’amour n’est plus qu’un nom ; l’être n’est plus qu’un nombre; 
Sur la route au soleil j’avais cherché votre ombre ; 
Je heurte mes regrets aux angles d’un tombeau. 

La mort moins hésitante a mieux su vous atteindre. 
Si vous pensez à nous votre cœur doit nous plaindre. 
Et l’on se croit aveugle à la mort d’un flambeau.

viernes, noviembre 22, 2013

Marguerite Yourcenar / Aquí la miel que rezuma...












Aquí la miel que rezuma del corazón profundo de las flores,
los colores, los aromas y los alientos amados.
Ya no le sonreirás a la belleza de las cosas;
se han cerrado al fin, tus brazos siempre abiertos.

No sentirás más, sobre tus párpados dormidos,
el lento deshojar de los perfumados  llantos;
tu corazón se disuelve en la metamorfosis;
llego justo a tiempo para perderte eternamente.

Aquí mis manos, mis ojos, mis pies que vos buscás;
en este estrecho jardín donde estás tendida,
yo avanzo titubeante como un triste extranjero.

Te alcanzo demasiado tarde… me arrepiento, envidio
a aquellos que mucho me advirtieron que todo es pasajero,
que te demostraron su amor cuando estaban a tiempo.

Marguerite Yourcenar (Bruselas, 1903- Northeast Harbor, Maine, 1987), Les Charités d’Alcippe, Gallimard, 1929
Versión de Marina Kohon



Voici le miel qui suinte...

Voici le miel qui suinte au cœur profond des roses,
 Les couleurs, les parfums et les souffles aimés. 
Vous ne sourirez plus à la beauté des choses ; 
Vos bras prompts à s’ouvrir se sont enfin fermés. 

Vous ne sentirez pas, sur vos paupières closes,
Le lent effeuillement des longs pleurs parfumés ; 
Votre cœur s’est dissous dans les métamorphoses ; 
J’arrive juste à temps pour vous perdre à jamais. 

Voici mes yeux, mes mains, mes pieds qui vous cherchèrent ;
 Dans cet étroit jardin où d’autres vous couchèrent, 
J’avance en hésitant comme un triste étranger. 

Je vous rejoins trop tard… Je me repens, j’envie 
Ceux qui, mieux avertis que tout est passager, 
Vous montraient leur amour quand vous étiez en vie.


jueves, octubre 17, 2013

Marguerite Yourcenar / Aquellos que nos esperan...













Aquellos que nos esperan, están hartos de esperarnos,
y están muertos  sin saber que nosotros iremos
a cerrarles los brazos que ellos no pueden tender,
nos legan un remordimiento a cambio de un recuerdo.

Los ruegos, las flores, el más tierno de los gestos
son los presentes tardíos que no se pueden bendecir;
los vivos y los muertos no nos entendemos;
la muerte, cuando viene, nos reúne sin unirnos.

Nosotros no conocemos la dulzura de sus tumbas
nuestros gritos, lanzados muy tarde, se fatigan, se caen
penetran sin eco la eternidad sorda;

y los muertos desdeñosos, forzados a callarse,
no nos escuchan en el umbral negro del misterio,
llorar por un amor que no existió jamás.

Marguerite Yourcenar (Bruselas, 1903- Northeast Harbor, Maine, 1987), Les Charités d’Alcippe, Gallimard, 1929
Versión de Marina Kohon


Ceux qui nous attendaient...

Ceux qui nous attendaient, se sont lassés d’attendre,
Et sont morts sans savoir que nous allions venir,
Ont refermé leurs bras qu’ils ne peuvent plus tendre,
Nous léguant un remords au lieu d’un souvenir.

Les prières, les fleurs, le geste le plus tendre,
Sont des présents tardifs que rien ne peut bénir ;
Les vivants par les morts ne se font pas entendre ;
La mort, quand vient la mort, nous joint sans nous unir.

Nous ne connaîtrons pas la douceur de leurs tombes.
Nos cris, lancés trop tard, se fatiguent, retombent,
Pénètrent sans écho la sourde éternité ;

Et les morts dédaigneux, ou forcés de se taire,
Ne nous écoutent pas, au seuil noir du mystère,
Pleurer sur un amour qui n’a jamais été.

miércoles, septiembre 18, 2013

Marguerite Yourcenar / Aquí el silencio...


Aquí el silencio añora las palabras solitarias
que uno puede, en tu cercanía, decir sin herirte;
olvidamos llover sobre vos las lágrimas de las corolas;
no hace falta sonreír a los que pasan.

Caen las máscaras cuando nos cansamos,
en un mismo lecho secreto se deslizan los durmientes
por cada dedo tembloroso de las hierbas que nos rozan
vos podés bendecirme y yo acariciarte.

En tu dulzura mi camino es más agradable
de ese suelo lentamente impregnado por el alma humana
el olvido, lento jardinero, arranca los remordimientos.

El amor  vaga de vena en vena eternamente.
Yo no quiero perturbar con una queja en vano
el infinito encuentro de los muertos con la tierra.

Marguerite Yourcenar (Bruselas, 1903- Northeast Harbor, Maine, 1987), Les Charités d’Alcippe, Gallimard, 1929
Versión de Marina Kohon

Voici que le silence… 

Voici que le silence a les seules paroles 
Qu’on puisse, près de vous, dire sans vous blesser; 
Laissons pleuvoir sur vous les larmes des corolles ; 
Il ne faut que sourire à ce qui doit passer. 

À l’heure où fatigués nous déposons nos rôles, 
Au même lit secret les dormeurs vont glisser; 
Par chaque doigt tremblant des herbes qui nous frôlent, 
Vous pouvez me bénir et moi vous caresser. 

C’est à votre douceur que mon sentier m’amène. 
De ce sol lentement imprégné d’âme humaine, 
L’oubli, lent jardinier, extirpe les remords. 

L’impérissable amour erre de veine en veine ; 
Je ne veux pas troubler par une plainte vaine 
L’éternel rendez-vous de la terre et des morts. 

sábado, septiembre 07, 2013

Marguerite Yourcenar / La miel inalterable



La miel inalterable del fondo de cada cosa
está hecha de nuestros deseos, remordimientos, dolores
el alambique eterno donde el tiempo recompone
las lágrimas de los vivos y la piedad de los muertos.

Idénticos efectos germinan de una causa;
la misma nota vibra a través de mil acordes,
no se separa el perfume de la rosa
ni yo separo el alma de tu cuerpo.

El universo nos reprende por lo poco que fuimos,
vos no sabrás jamás que mis lágrimas te aman;
yo olvidaré cada día cuánto te he amado.

Pero la muerte nos aguarda para mecernos;
y como un niño acurrucado entre tus brazos cerrados,
escucho latir el corazón de la vida perdurable.

Marguerite Yourcenar (Bruselas, 1903- Northeast Harbor, Maine, 1987), Les Charités d’Alcippe, Gallimard, 1929
Versión de Marina Kohon

Le miel inalterable

Le miel inaltérable au fond de chaque chose
Est fait de nos douleurs, nos désirs, nos remords ;
L’alambic éternel où le temps recompose
Les larmes des vivants et la pitié des morts.


D’identiques effets regerment de leur cause ;
La même note vibre à travers mille accords ;
On ne sépare pas le parfum de la rose ;
Je ne sépare pas votre âme de son corps.

L’univers nous reprend le peu qui fut nous-mêmes.
Vous ne saurez jamais que mes larmes vous aiment;
J’oublierai chaque jour combien je vous aimais.


Mais la mort nous attend pour nous bercer en elle ;
Comme une enfant blottie entre vos bras fermés,
J’entends battre le cœur de la vie éternelle.

viernes, agosto 30, 2013

Marguerite Yourcenar / Vos no sabrás jamás...


Vos no sabrás jamás que tu alma viaja
Porque te ha adoptado lo más profundo de mi corazón
Y que nunca, ni el tiempo, ni la edad, ni otros amores,
Impedirán que vos estés en mí.

Es que la belleza del mundo ha tomado tu rostro,
Ve a través de tu dulzura, brilla en tu claridad,
Y el lago pensativo del paisaje
solamente en tu serenidad me refleja.

Vos no sabrás jamás que llevo tu amor
Como una lámpara de oro que ilumina mi camino
Y que un poco de tu voz se unió a mi canto.

Suave antorcha que irradia, dulce hoguera, tu llama
Me dice qué sendero has elegido
Vivís aún, porque te sobrevivo.

Marguerite Yourcenar (Bruselas, 1903- Northeast Harbor, Maine, 1987), Les Charités d’Alcippe, Gallimard, 1929
Versión de Marina Kohon


Vous ne saurez jamais...

Vous ne saurez jamais que votre âme voyage
Comme au fond de mon coeur un doux coeur adopté ;
Et que rien, ni le temps, d'autres amours, ni lâge,
N'empêcheront jamais que vous ayez été.

Que la beauté du monde a pris votre visage,
Vit de votre douceur, luit de votre clarté,
Et que ce lac pensif au fond du paysage
Me redit seulement votre sérénité.

Vous ne saurez jamais que j'emporte votre âme
Comme une lampe d'or qui m'éclaire en marchant ;
Qu'un peu de votre voix a passé dans mon chant.

Doux flambeau, vos rayons, doux brasier, votre flamme,
M'instruisent des sentiers que vous avez suivis,
Et vous vivez un peu puisque je vous survis.