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6 août 2014

Les Deux Visages de janvier - Patricia Highsmith (livre + film)


Publié aux USA en 1964, "Les Deux Visages de janvier" est un roman de l'écrivaine américaine Patricia Highsmith, particulièrement connue pour son premier roman "L'Inconnu du Nord Express" - adapté au cinéma par Alfred Hitchcock - et sa série de romans centrés autour du personnage de Tom Ripley.

Au début du mois de janvier, Chester MacFarland et son épouse Colette accostent au Pirée pour rejoindre Athènes et ainsi échapper aux USA où Chester est désormais connu pour ses escroqueries.
Alors qu'un inspecteur de la police grecque semble avoir identifié Chester, celui-ci l'assomme dans sa chambre d'hôtel et croise le jeune Raydal Keener dans le couloir au moment de dissimuler le corps.
Habitué à monnayer tout service rendu, Chester est fort surpris de constater que ce jeune étudiant en droit sans argent lui vienne en aide et semble plus intéressé par sa femme que par ses billets verts...

Kirsten Dunst est une actrice que j'apprécie beaucoup (l'homme aussi mais à mon avis pas pour les mêmes raisons :)) et avec laquelle j'ai "grandi" en quelque sorte puisque nous avons le même âge et que j'ai pour ainsi dire vu tous ses films depuis ses débuts dans "Entretien avec un vampire".
Je ne pouvais donc pas passer à côté de ce film et j'en ai du coup profité pour découvrir le roman juste avant mon passage en salle.

Le roman

Chester MacFarland est un agent de change véreux qui a bâti sa fortune sur l'ignorance d'actionnaires peu regardants. Dès le début du roman, on le sent en mauvaise posture, toujours sur le qui-vive, traqué, buvant plus que de raison.
Sa femme Colette, plus jeune de 20 ans, fait figure d'oie blanche. On imagine difficilement un couple plus disparate.
Bien qu'elle soit au courant des activités frauduleuses de son mari, elle n'avait sans doute pas imaginé qu'ils en arriveraient à fuir de pays en pays au gré des avis de recherche.
Contrairement à ce que j'imaginais, elle ne joue ici qu'un rôle mineur, faisant office de trophée que Chester et Raydal se disputent.
C'est d'ailleurs mon seul regret dans ce roman : l'absence d'émotions de la part des deux hommes la concernant.
Non seulement elle joue avec le feu en ne cachant pas son attirance pour Raydal mais elle signifie clairement à son mari qu'elle n'apprécie plus d'être sa complice malgré elle.
Il est donc principalement question ici d'une rivalité et d'un règlement de comptes entre deux hommes qui se retrouvent à la merci l'un de l'autre puisque chacun détient une information qui pourrait faire tomber l'autre.
Là où le roman se veut particulièrement intéressant, c'est dans sa dimension psychologique puisqu'il est centré sur cette relation étrange qui lie Chester à Raydal.
La première fois que Raydal aperçoit le couple, il est non seulement troublé par Colette qui lui rappelle son amour de jeunesse interdit, mais il est surtout frappé par la ressemblance entre Chester et son défunt père, un homme de loi droit dans ses bottes qui avait l'habitude de tout régenter.
Au delà de la ressemblance physique, bien que Chester soit tout le contraire d'un honnête homme, il affiche cette même tendance au contrôle, principalement grâce à l'argent.
On a donc l'impression qu'à travers son conflit avec Chester, Raydal prend sa revanche sur ce père autoritaire avec lequel il n'a pas eu le temps de régler ses comptes.
Et cela marche puisque Chester perd progressivement sa femme, son argent, sa vie...

Bien qu'il y ait pas mal de chassés-croisés entre les deux hommes, ne vous attendez pas à moults retournements de situation. "Les Deux Visages de janvier" est un policier de facture classique, ni plus ni moins (et c'est très bien comme ça :))

Le film



Réalisé par Hossein Amini à qui l'on doit notamment l'excellent "Drive" et le nettement moins bon scénario de "Blanche-Neige et le chasseur", le film est sorti au mois de juin et est toujours disponible dans nos salles de cinéma.
Rien à redire concernant les performances des 3 acteurs principaux que sont Kristen Dunst (Colette), Viggo Mortensen (Chester MacFarland) et Oscar Isaac (Raydal Kenner). Un trio vraiment impeccable.
J'ai vraiment apprécié que le rôle de Colette soit un peu plus consistant dans le film que dans le roman (elle m'avait semblé un peu trop naïve) et que le réalisateur laisse paraître plus d'émotions chez les deux hommes que ne l'avait fait la romancière.
Paradoxalement, si le roman nous montre plus en avant la relation entre Colette et Raydal, il fait complètement l'impasse sur les sentiments des deux hommes, là où le film qui donne l'impression que ces deux-là viennent juste de faire connaissance, en dit plus long sur les émotions des deux rivaux.
Comme je venais de terminer le roman juste avant de me rendre au cinéma, j'ai évidemment tiqué sur plusieurs différences (notamment au tout début et à la toute fin) par rapport au scénario d'origine.
La plupart ne m'ont pas dérangée, bien que je ne comprenne pas l'intérêt de changer pour changer, le scénario de Patricia Highsmith étant parfaitement transposable à l'image dans son intégralité.
Néanmoins, je n'ai pas aimé que le personnage de Raydal passe pour un gigolo petit arnaqueur de touristes, ce qu'il n'est pas dans le roman.
Mais surtout je trouve que la vraie raison du conflit entre les deux hommes, bien que rapidement évoquée au tout début, ne transparaissait pas dans le film.
Au contraire, on a l'impression d'une simple querelle entre coqs alors que c'est plus profond que cela !
Ceci dit, ceux qui n'auront pas lu le roman avant de voir le film, ne le relèveront sans doute pas.
A voir pour le bon jeu d'acteurs et si vous aimez les films noirs à l'ambiance années 60 et les paysages grecs :)


http://www.milleetunefrasques.fr/challenge-classiques-la-page/http://liliba.canalblog.com/archives/2014/07/15/30240423.html

27 janvier 2014

Alice et autres nouvelles - Anaïs Nin et ses amis


"Alice et autres nouvelles" est une compilation de 7 nouvelles généralement attribuées à "L'Organization", un collectif d'auteurs réunis notamment autour d'Anaïs Nin et Henry Miller, qui rédigeait des nouvelles à caractère érotique pour un dollar la page durant la Grande Dépression.

Peter rencontre "Alice", belle et jeune danseuse dont il attend impatiemment qu'elle lui accorde ses faveurs. Lors d'une promenade dans une clairière, tous deux surprennent un couple en pleins préliminaires et sa cachent pour les épier.
Surpris à leur tour par les amants, ils se joignent à eux...
"Esmeralda" s'apprête à perdre sa virginité avec un soldat, non sans quelque appréhension.
"Souvenirs" ou les découvertes sexuelles d'un très jeune garçon envoyé en pension.
Monsieur Thomson, sans rien en laisser paraître, succombe aux charmes de "Florence".
Malheureusement pour lui, la jeune femme n'a d'yeux que pour Horace, le nouvel employé de bureau.
Un soir, Monsieur Thomson les surprend au bureau alors qu'Horace vient de dépuceler la jeune femme. Il vole à son secours pour finalement craquer à son tour...
Un homme évoque la beauté de l'acte sexuel dans "Des jeunes filles et de leur con". Un autre se laisse aller à ses fantasmes, imaginant la femme qui saura pleinement le satisfaire dans "Je veux une femme".
"Le membre d'or" ou le récit d'un homme très porté sur le sexe et qui se montre prêt à tout pour arriver à ses fins.

" Ma main était entre ses ravissantes cuisses, et la façon dont elle réagissait à ses attentions me prouva que je n'avais pas oublié comment jouer de cet instrument qui, habilement stimulé, prolonge dans le corps d'une femme les échos d'une harmonie divine."

Comme j'étais curieuse de découvrir l'écriture de la sulfureuse Anaïs Nin et que je n'avais pas envie de m'attaquer directement à son imposant journal, je me suis dit que ce recueil représentait le format idéal.
A ce moment-là, j'ignorais que la paternité de ces textes prêtait à discussion.
Si vous êtes en quête de textes poussés voire pornographiques, sachez que vous serez sans doute déçus.
En effet, bien qu'elles aient certainement fait scandale à l'époque, ces nouvelles s'avèrent assez soft en regard de la production actuelle.

Hormis une scène échangiste, les situations décrites sont plutôt conventionnelles. Pour être claire, Anaïs Nin et ses amis ne revisitent pas plus le Kamasutra que le SM.
La seule nouvelle qui m'ait interpellée est "Souvenirs" dont je n'ai pas du tout apprécié le caractère pédophile...

Il est principalement question ici d'éducation sexuelle, de l'éveil au désir et à la sexualité de jeunes femmes vierges mais pas très farouches.
Confrontées à des hommes d'expérience qui se montrent insistants (certains pourraient même être qualifiés de "prédateurs"), elles cèdent assez rapidement à leurs avances (parfois aussi grâce à quelque alcool...).
Lascives, elles s'abandonnent toutes entières à leur volonté et à leur plaisir.
En fait, pour ce qui est du fond, ces nouvelles racontent toutes à peu de choses près la même histoire et se concluent par le même type de fin (Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d'orgasmes). De quoi rappeler que ces textes étaient produits "à la chaîne".
Cela ne leur ôte toutefois pas tout leur intérêt car non seulement ces textes, si ils ne sont pas exempts de quelques clichés machos, échappent au grotesque que l'on rencontre malheureusement souvent dans la littérature érotique.
Mais ils sont également fort bien écrits, emplis d'une belle poésie qui sait dire la volupté et la montée du désir, bien au-delà d'une vision purement "technique" de l'acte sexuel....

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31 décembre 2013

Pour une nuit d'amour - Emile Zola


"Pour une nuit d'amour" rassemble deux nouvelles extraites du recueil "Le Capitaine Burle"(1882) de l'écrivain français Emile Zola.

Le jeune et timide Julien Michon ferait n'importe quoi "Pour une nuit d'amour" avec Thérèse de Marsanne, sa belle voisine à qui il joue de la flûte tous les soirs.
Mais lorsque celle-ci consent à lui accorder ses faveurs, ce n'est pas sans conditions...
Louis Roubien avait tout pour être heureux : des terres fertiles acquises à force de travail acharné, une ferme florissante, une famille soudée. "L'Inondation" qui intervient lorsque déborde la Garonne va lui faire perdre tout ce à quoi il tient...

Réjouissez-vous de votre bonheur tant qu'il en est encore temps car la vie peut aussi se montrer cruelle ! C'est ce que semble nous dire Zola à travers ces deux nouvelles qui commencent toutes deux tels des contes de fées pour se terminer en cauchemars.
Il évoque un genre humain qui peut se montrer vil et manipulateur dans "Pour une nuit d'amour" là où il met en cause les caprices de la nature dans "L'Inondation".
Zola, à force de mille détails enchanteurs, possède le talent de faire en sorte que le lecteur ne voie rien venir.

" Depuis six mois seulement, il se risquait à jouer, les croisées ouvertes.
Il ne savait que des airs anciens, lents et simples, des romances du siècle dernier, qui prenaient une tendresse infinie, lorsqu'il les bégayait avec la maladresse d'un élève plein d'émotion.
Dans les soirées tièdes, quand le quartier dormait, et que ce chant léger sortait de la grande pièce éclairée d'une bougie, on aurait dit une voix d'amour, tremblante et basse, qui confiait à la solitude et à la nuit ce qu'elle n'aurait jamais dit au plein jour." p.18

Et les retournements de situation n'en sont que plus puissants ! Les images et décors idylliques, se referment sur les personnages, pris en traîtres.

En quelques lignes, Zola détruit tout ce qu'il a mis plusieurs pages à bâtir, laissant le lecteur impuissant, à l'image de ses héros surpris dans leur insouciance et dont l'issue tragique semble inévitable.
Dans "L'Inondation", j'ai vraiment cru assister en direct à la lente et terrible progression d'un tsunami déferlant sur un petit village, emportant tout sur son passage, et sentir la terreur de ses pauvres gens pris au piège par une montée des eaux discontinue.

" L'eau, alors, commença l'assaut. Jusque là, le courant avait suivi la rue; mais les décombres qui la barraient à présent, le faisaient refluer. Ce fut une attaque en règle.
Dès qu'une épave, une poutre, passait à la portée du courant, il la prenait, la balançait, puis la précipitait contre la maison comme un bélier. Et il ne la lâchait plus, il la retirait en arrière, pour la lancer de nouveau, en battait les murs à coups redoublés, régulièrement. Bientôt, dix, douze poutres nous attaquèrent ainsi à la fois, de tous les côtés. L'eau rugissait.
Des crachements d'écume mouillaient nos pieds. Nous entendions le gémissement sourd de la maison pleine d'eau, sonore, avec ses cloisons qui craquaient déjà.
Par moments, à certaines attaques plus rudes, lorsque les poutres tapaient d'aplomb, nous pensions que c'était fini, que les murailles s'ouvraient et nous livraient à la rivière, par leurs brèches béantes." p.91

Avant de commencer la lecture de ce recueil, j'avais encore en tête "Germinal", lecture scolaire forcée d'il y a 15 ans dont j'avais conservé le souvenir d'un style rigoureux mais surtout très lourd.
Ici, il n'en est rien et je ressors même de cette lecture avec l'envie de découvrir "Nana" et "Thérèse Raquin" encore dans ma PAL :)


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29 décembre 2013

Saint-Gengoul - Frédéric Dard


Publié en 1945, "Saint-Gengoul" est un roman épistolaire signé Frédéric Dard, romancier français célèbre pour la série des "San Antonio".

Parmi les décombres d'un accident ferroviaire, deux cheminots trouvent la dépouille d'un homme à l'expression étrangement sereine et qui tient dans ses mains un journal destiné à son épouse.
Achille se livre à Armande, cette femme qu'il a passé sa vie à essayer de conquérir, en vain.
A croire qu'elle a détourné les yeux de lui dès le jour de leur mariage pour lui préférer Maurice, voisin et ami de longue date dont il s'est toujours demandé si ils avaient eu une liaison.
Armande s'est toujours montrée d'une cruelle indifférence vis-à-vis de tout ce qui exaltait Achille.
Au lieu de resserrer les liens entre eux, la naissance de leur fils les éloigne encore davantage et Armande n'a d'yeux que pour lui.
Achille est bien décidé à régler ses comptes.

" Le jour meurt sous la pluie, un jour triste comme tous ceux que nous vivons ensemble.
Je sens ta présence dans la maison, elle pèse sur mes épaules, elle me poigne.
Et Joël n'est pas encore rentré.
Je te parlerai également de lui, plus loin. Car tu es tout de même mère. C'est une faiblesse à exploiter. Oh, je ne t'épargnerai rien.
Tu as peut-être cru que ma mort serait une amnistie ? Eh bien tu t'es trompée.
C'est une déclaration de guerre. Et je t'écraserai comme une vipère, à coups de talon, à coups de dégoût, à coups de vérités, à coups d'amour perdu." p.35

"Saint-Gengoul" est la confession amère d'un homme délaissé par sa femme et qui, à l'heure de revenir sur leurs 25 années de rendez-vous manqués, oscille entre amour et haine, sur un ton tantôt intime tantôt détaché. L'écriture est étonnamment poétique au vu du sujet au point qu'Achille donne l'impression de détester sa femme aussi intensément qu'il l'a aimée.
Autant dire que Frédéric Dard expose une vision très pessimiste du couple, dominée par la souffrance et la jalousie.

" Cette vengeance que je vais te préparer, lentement, jour à jour; que je vais penser, que je vais travailler, c'est la suprême joie de mon existence.
Une énergie nouvelle coule en moi, je vais vivre pour elle désormais comme pour une oeuvre.
Je m'apprête à la nourrir de mon corps, à lui consacrer mon temps et mon intelligence.
Quelles preuves d'amour plus grandes puis-je te donner ? " p.23

Animé par un sentiment de vengeance, Achille veut rendre à Armande la monnaie de sa pièce, la frapper là où ça fait mal, pour enfin réussir à la toucher, à lui faire ressentir quelque chose, même si au fond il n'y gagnera pas grand chose.
Et pour ce faire, il jubile et prend son temps pour lui tendre en plein visage le miroir de leurs années de couple. Mais connait-il vraiment sa femme ?
"Saint-Gengoul" apparaît comme le monologue de l'amour à sens unique, d'abord idéalisé puis déçu.
J'ai adoré ce livre jusque dans les dernières pages qui m'ont vraiment déconcertée car je ne m'attendais pas à ce genre de revirement superficiel, ce désaveu, qui rend le final d'autant plus cruel.
L'amour et la jalousie peuvent-ils rendre à ce point aveugle ?
Je n'y ai tout simplement pas cru au vu de tout le reste.
J'ajouterais aussi que je n'ai pas saisi le pourquoi de la date mentionnée à la toute dernière page.
Si vous avez lu ce livre, n'hésitez pas à me faire signe ici :)

Du reste, "Saint-Gengoul" mérite d'être lu et il est une bonne occasion de découvrir la plume de Frédéric Dard dans un tout autre registre que celui des San Antonio.

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10 décembre 2013

Petits bavardages sans importance - Elizabeth Bowen



"Petits bavardages sans importance" est un recueil de 9 nouvelles - publiées entre 1923 et 1944 - de l'auteure irlandaise Elizabeth Bowen.

Pénélope avoue à son mari Maurice être au courant de sa relation extra-conjugale avec Veronica, dont elle est par ailleurs "La confidente". Décontenancé par le comportement de sa femme qui l'encourage à vivre pleinement cette liaison, Maurice n'est pas au bout de ses surprises...
Mrs Barrows souhaite offrir un vitrail à la paroisse de son village à l'occasion de la "Toussaint". Elle expose son projet au curé du village, médusé face à sa conception assez libre de la sainteté...
"Ann Lee" est une modiste reconnue mais qui cultive aussi une vie bien mystérieuse...
" La Contessina", venue tout droit d'Italie avec son oncle et sa tante attise bien des curiosités à son arrivée, notamment celle de M. Barlow, marié à une femme ennuyeuse et désagréable.
Le jeune Terry n'a jamais réussi à faire les choses dans les formes, y compris commettre un meurtre.
Lorsqu'il se présente chez son père pour lui avouer le meurtre, il ne prononcera pas plus de mots que "J'ai quelque chose à vous dire".
En l'absence des Rimlade, les Dosely accueillent leur nièce "Maria" chez eux. Au grand dam de la jeune fille, toute la famille semble immunisée contre son mauvais caractère, à l'exception du vicaire Hammond qu'elle ne va pas tarder à harceler.
A Londres, un groupe d'amis se retrouvent le temps de quelques "Babillages".
Une femme pense distinguer un fantôme au milieu de ses "Roses aubépines".

Des histoires d'ego blessé, de vengeance, de trahison, de comportements indignes d'une jeune fille, d'un jeune homme ou d'une dame, des apparitions fantomatiques, des commérages.
Les femmes y occupent l'avant-scène sans pour autant avoir le beau rôle.
L'auteure se joue volontiers des conventions et semble prendre un malin plaisir à les détruire les unes après les autres, égratignant au passage la religion, l'institution du mariage, la superficialité de la bonne société et de ses gens qui passent pour creux et futiles.
Comme le souligne la quatrième de couverture, on songe volontiers à Austen, qu'il s'agisse de l'attention portée à la psychologie des personnages ou de cette écriture ciselée et faussement légère.
Mon avis est néanmoins mitigé car - comme c'est souvent le cas avec les recueils de nouvelles - si j'ai vraiment apprécié certaines nouvelles, d'autres m'ont carrément laissée indifférente.

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10 novembre 2013

Double assassinat dans la rue Morgue suivi de La lettre volée - Edgar Allan Poe


Publiées entre 1841 et 1845, "Double assassinat dans la rue Morgue suivi de La lettre volée" sont deux nouvelles écrites par l'écrivain américain Edgar Allan Poe, également auteur des textes "Le chat noir et autres nouvelles".

Le détective Dupin et son ami enquêtent sur le "Double assassinat dans la rue Morgue". Une jeune fille et sa mère ont été sauvagement assassinées mais aucun de leurs biens ne semble avoir été dérobé.
Des témoins affirment avoir entendu une voix à l'accent étranger. La police piétine mais Dupin a quant à lui son idée sur l'identité du coupable.
Dupin et son acolyte reçoivent la visite imprévue du préfet de police de Paris qui sollicite l'avis de Dupin concernant l'affaire de "La lettre volée".
Un document de haute importance a été subtilisé dans les appartements royaux par un ministre  dont la police connaît l'identité. Le problème est ailleurs. Après avoir fouillé partout, aucun agent n'est parvenu à mettre la main sur la précieuse lettre.
Avec son flair légendaire, Dupin réussira-t-il là où la police a échoué ?

" Dans des investigations du genre de celle qui nous occupe, il ne faut pas tant se demander comment les choses se sont passées, qu'étudier en quoi elles se distinguent de tout ce qui est arrivé jusqu'à présent.
Bref, la facilité avec laquelle j'arriverai , - ou suis déjà arrivé,- à la solution du mystère, est en raison directe de son insolubilité apparente aux yeux de la police." p.43
"Double assassinat dans la rue Morgue" est le premier volet des aventures du détective Dupin. "La lettre volée" est quant à lui le troisième et dernier opus de ce triptyque.
Pourquoi le Livre de Poche n'a-t-il pas ajouté "Le Mystère de Marie Roget" afin que le recueil soit complet ? Le mystère reste entier...
Ces deux nouvelles ont toutes deux pour narrateur l'ami de Dupin. Un ami qui s'avère absolument inutile aux enquêtes de Dupin, mais lequel se trouve être un fervent admirateur et reporter de ses brillantes capacités d'analyse.
Tout comme l'ami en question, le lecteur attendra patiemment (ou pas) que Dupin arrête de se faire mousser et veuille bien lui faire part de ses déductions pour finalement cracher le morceau.
Autant dire que dans ces deux nouvelles, Poe - considéré comme le précurseur du genre policier - ne ménage aucune place à l'enquête.
Le lecteur, témoin passif de l'arrogance de Dupin, ne se voit absolument pas offrir l'occasion de débusquer le coupable. Rien ne lui permet de participer en s'essayant aux devinettes car aucun indice suffisant ne suggère une piste.

Contrairement au "Chat noir et autres nouvelles", je n'ai pas du tout apprécié ce recueil-ci, qui n'a provoqué en moi qu'agacement et ennui.
Et sachant qu'Arthur Conan Doyle s'est inspiré de Poe pour écrire les aventures de Sherlock Holmes, je ne suis plus très sûre du coup de vouloir découvrir ce dernier...

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30 octobre 2013

Le chat noir et autres nouvelles - Edgar Allan Poe



"Le chat noir et autres nouvelles" rassemble 8 nouvelles écrites par l'écrivain américain Edgar Allan Poe.

"Le chat noir" ou la confession d'un homme dont la vie a basculé le jour où il a adopté Pluton.
Alors qu'il s'est établi dans un château décoré de nombreuses toiles, un homme croise "Le portrait ovale", un tableau qui recèle une terrible histoire...
En visite chez un ami ayant sombré dans la folie, un homme fera une étrange rencontre et assistera à "La chute de la maison Usher".
Fuyant un fléau qui sévit dans tout le pays, le prince Prospero se retire avec ses gens dans une abbaye fortifiée et y donne un grand bal. Un étrange convive y fait une troublante apparition, affublé du "Masque de la Mort Rouge".
Dans "Le coeur révélateur", un homme décide de supprimer un vieil homme dont l'oeil le terrorise. La police le soupçonnera-t-il ?
Les familles hongroises Metzengerstein et Berlifitzing se détestent depuis des siècles. La prophétie annonçant le triomphe de "Metzengerstein" n'arrange rien à l'affaire...
"Le puits et le pendule" : confession d'un condamné à mort rudement mis à l'épreuve...
En voyage dans le sud de la France, un homme est pris de l'envie subite de visiter un asile d'aliénés aux méthodes peu ordinaires. Il découvre ainsi "Le système du docteur Goudron et du professeur Plume".

" Il y avait des figures vraiment arabesques, absurdement équipées, incongrûment bâties; des fantaisies monstrueuses comme la folie; il y avait du beau, du licencieux, du bizarre en quantité, tant soit peu terrible, et du dégoûtant à foison.
Bref, c'était comme une multitude de rêves qui se pavanaient ça et là dans les sept salons.
Et ces rêves se contorsionnaient en tous sens, prenant la couleur des chambres; et l'on eût dit qu'ils exécutaient la musique avec leurs pieds, et que les airs étranges de l'orchestre étaient l'écho de leurs pas.
Et, de temps en temps, on entend sonner l'horloge d'ébène de la salle de velours. Et alors, pour un moment, tout s'arrête, tout se tait, excepté la voix de l'horloge. Les rêves sont glacés, paralysés dans leurs postures.
Mais les échos de la sonnerie s'évanouissent, - ils n'ont duré qu'un instant,- et à peine ont-ils fui, qu'une hilarité légère et mal contenue circule partout.
Et la musique s'enfle de nouveau, et les rêves revivent, et ils se tordent ça et là plus joyeusement que jamais, reflétant la couleur des fenêtres à travers lesquelles ruisselle le rayonnement des trépieds.
Mais, dans la chambre qui est là-bas tout à l'ouest, aucun masque n'ose maintenant s'aventurer; car la nuit avance, et une lumière plus rouge afflue à travers les carreaux couleur de sang et la noirceur des draperies funèbres est effrayante; et à l'étourdi qui met le pied sur le tapis funèbre l'horloge d'ébène envoie un carillon plus lourd, plus solennellement énergique que celui qui frappe les oreilles des masques tourbillonnant dans l'insouciance lointaine des autres salles." p.73
L'automne (et l'hiver aussi en fait) est une saison qui se prête fort bien à la (re)lecture de récits aux ambiances brumeuses et carrément flippantes.
C'est donc tout naturellement que je me suis tournée vers ce recueil d' Edgar Allan Poe, considéré comme le précurseur du genre fantastique mais pas que (je vous en reparle dans mon prochain billet).
Les 8 nouvelles dont il est question ici présentent de nombreux thèmes communs : au-delà,  perversité, résurrection et apparitions surnaturelles, diabolisation de l'art et des animaux, enfermement volontaire ou non, matériel ou mental.
Les décors et les lieux choisis par Poe (cave, manoir, asile, prison, château isolé ou maison à l'abandon) et le parti de situer ses histoires principalement la nuit participent au caractère sombre de chacune.
Sans compter que l'auteur excelle dans l'art de ces menus détails qu'on n'oublie pas de sitôt...
La narration à la première personne sous forme de confession ou par un témoin saisi d'effroi implique d'autant plus le lecteur dans ces récits de l'étrange qui le laisseront un peu paranoïaque (dans mon cas du moins).
Un régal que ce recueil, contrairement à ses nouvelles policières que je n'ai pas trop appréciées et dont je vous parlerai dans mon prochain billet.

Notez que la collection Folio Junior destine ce recueil à un jeune public dès 11 ans. N'ayant pas d'enfants, je ne suis pas très bien placée pour déterminer des limites d'âge en matière de lecture.
Mais il me semble que 11 ans est un âge un peu jeune pour découvrir certaines de ces nouvelles.

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24 août 2013

Les confessions de Mr Harrison - Elizabeth Gaskell


Publié en 1851 et traduit en français en 2010, "Les confessions de Mr Harrison" est un court roman de l'écrivaine britannique Elizabeth Gaskell, notamment célèbre pour ses romans "Cranford" et "Nord et Sud".

Le docteur Will Harrison passe la soirée avec un vieil ami célibataire qui lui demande de lui prodiguer quelques conseils pour se trouver une épouse.
C'est alors que celui-ci lui raconte son voyage à Duncombe quelques années plus tôt.
Il n'était qu'un tout jeune médecin lorsqu'il débarqua au sein de cette petite communauté essentiellement composée de veuves et de vieilles filles, pour y assister le Dr Morgan.
Immédiatement considéré comme l'homme à marier, il fait l'objet de toutes les attentions de ces dames, et ce bien malgré lui étant donné que son inclination se porte sur une mystérieuse inconnue.
Comment Mr Harrison a-t-il réussi à se soustraire de tant de mariages arrangés à son insu ?

Dès son arrivée à Duncombe, Mr Harrison donne l'impression d'être pris en charge et de n'avoir aucun mot à dire. Le Dr Morgan, qui prend très à coeur son rôle de mentor, l'abreuve de recommandations d'usage quant à sa manière de s'habiller et de se comporter en société et lui choisit même sa demeure.

Défilant tel une bête de cirque, il s'attire bien malgré lui les faveurs de certaines dames, ce qui donnera lieu à une série de malentendus qui le placeront dans des situations délicates.
Et pour ne rien arranger, le voilà en plus victime de l'indiscrétion et des blagues douteuses d'un vieil ami de passage à Duncombe !

En choisissant de prendre un jeune médecin londonien pour narrateur, l'auteure offre ainsi un regard extérieur sur une communauté repliée sur elle-même et réticente au moindre changement.
Un différend opposera ainsi par deux fois le jeune médecin au Dr Morgan qui craint de tester de nouveaux remèdes en provenance de la capitale.
Le jeune homme devra s'imposer et user d'une certaine audace pour asseoir sa réputation.
Présentée comme un véritable poulailler, la société de Duncombe apparaît comme encline aux commérages de la part de certaines femmes au caractère bien trempé et à l'imagination galopante !
Durant ma lecture, je me suis souvent retrouvée partagée entre rires et agacement face à l'effet boule de neige provoqué par ces femmes et leur emballement désespéré.
Malgré quelques épisodes moins cocasses, l'histoire comme on s'en doute, se finit bien.
Bien qu'en regard des romans austeniens, ce petit roman manque un peu de finesse et de mordant dans les portraits et le déploiement des intrigues, il ne manque néanmoins pas de charme :)


D'autres avis : George - Keisha

27 mai 2013

Le bal - Irène Némirovsky


Publié en 1930, "Le bal" est un roman d'Irène Némirovsky, écrivaine d'origine ukrainienne, notamment auteure des nouvelles "Ida" et "La comédie bourgeoise" ou encore des romans "Jézabel" et "Suite française".

Suite à un coup de chance à la Bourse, les Kampf peuvent enfin mener la grande vie dont ils ont toujours rêvé.
Pour fêter en grandes pompes leur entrée dans le monde des nantis, le couple décide d'organiser un grand bal.
Leur fille Antoinette, qui voit dans cet événement l'occasion inespérée de rencontrer des jeunes hommes de son âge, est mortifiée lorsque sa mère lui annonce qu'elle devra rester confinée dans la lingerie le soir du bal.
La vengeance d'Antoinette sera à la hauteur de sa lourde déception...

La relation qu'entretient Antoinette avec sa mère est tout sauf tendre et lorsqu'on constate l'acharnement avec lequel Madame Kampf corrige et persécute sa fille, on ne peut que songer à de la jalousie de la part d'une mère qui ne supporte pas de la voir devenir une belle jeune fille.
Véritable diva de la maison, Madame Kampf fait plus l'effet d'une marâtre (on songe au conte Cendrillon) que d'une mère, volontiers cruelle et de plus en plus hystérique à mesure qu'approche la date du bal.
S'il tente de temps à autre de calmer son épouse, on ne peut pas dire que Monsieur Kampf intervienne en faveur d'Antoinette.
Même sa nourrice ne lui témoigne aucune compassion pour éviter les problèmes, de sorte qu'Antoinette ne bénéficie d'aucune alliée dans la maisonnée.
Seule avec ses rêves d'amour qui s'obstinent à ne pas se réaliser, elle saisit un jour l'occasion de se venger de sa mère en lui donnant une bonne leçon.
Et malgré la sévérité de celle-ci, je n'ai pas pu m'empêcher de lui donner raison !

J'ai beaucoup aimé la façon dont l'auteure esquissait ses personnages, particulièrement Antoinette, personnage ambivalent qui revendique des aspirations au monde adulte mais à la façon d'une petite fille.
Une caractéristique que l'auteure a su préserver avec talent jusqu'à l'extrême fin du récit.
L'univers dépeint ici est celui des nouveaux riches, parvenus à l'opulence par "accident" et désireux de revendiquer leur nouveau statut.
Revanchard et hypocrite, le couple Kampf est complètement tourné en ridicule, se vouvoyant devant leurs domestiques pour respecter les usages et invitant n'importe qui pour briller en société.
Autant dire que la vengeance de leur fille réduira leurs espoirs à néant...

Un petit roman brillant à découvrir si ce n'est pas encore fait !


D'autres avis : Choco - Mango - Cécile QD9 - Canel

22 avril 2013

Gatsby le Magnifique - Francis Scott Fitzgerald


Publié aux USA en 1925 et traduit en français en 1996, "Gatsby le Magnifique" est un roman de l'écrivain américain Francis Scott Fitzgerald, notamment auteur de "L'Envers du paradis", "Beaux et Damnés", "Tendre est la nuit" ou encore des nouvelles "L'étrange histoire de Benjamin Button" et "Un diamant gros comme le Ritz".

1922. Fraîchement débarqué de son Midwest natal, le jeune Nick Carraway rejoint la côte est avec pour ambition de devenir agent de change.
Il emménage dans une modeste demeure située entre deux luxueuses villas dont l'une d'elles appartient à Jay Gatsby, riche et énigmatique propriétaire réputé pour les fastueuses fêtes qu'il organise tout l'été.
Nick retrouve Daisy, sa cousine germaine désormais mariée à Tom Buchanan, un homme fortuné, suffisant, raciste et infidèle. Il fait également connaissance avec Mrs Jordan Baker, amie de Daisy qui fréquente assidûment les terrains de golf.
Un jour, Nick est convié par Gatsby lui-même à l'une de ses fêtes. Il réalise que la majorité des convives ne connaissent absolument pas leur hôte et s'en moquent, tant que le champagne coule à flots et que l'orchestre continue de jouer...
Petit à petit, Nick se liera d'amitié avec Gatsby, devenant son confident et même son complice lorsque celui-ci tentera de reconquérir celle qu'il a aimée autrefois et apprenant enfin d'où Gatsby tire sa mystérieuse fortune...

Nick Carraway, qui se trouve être le narrateur du roman, ne connaît pas grand monde sur la côte est. Aussi passe-t-il du temps en compagnie de Tom, Daisy et Jordan, malgré qu'il ne les apprécie pas plus que cela.
Nick est un personnage légèrement en retrait, observateur critique d'un monde auquel il n'appartient pas, qu'il méprise mais dont on sent qu'il aimerait tout de même bien faire partie.
Arrivée à la moitié de ce roman, je restais interdite devant la vacuité de cette histoire à peine composée de quelques menu-événements.
Loin de continuer à vouloir faire connaissance avec ces personnages superficiels et insipides que sont Daisy, Tom et Jordan, si j'ai persévéré dans ma lecture, ce n'était que pour pouvoir enfin percer le mystère entourant Gatsby, personnage que j'ai trouvé arrogant et m'as-tu vu dans les débuts puis extrêmement naïf ensuite.
Un self made man qui a vécu et bâti toute sa fortune autour d'une illusion qui s'effondrera avec lui. Je n'ai ressenti de peine pour lui que dans les dernières pages.
Si l'argent peut fasciner et tenir en respect, on le sait, il n'achète pas le bonheur.
Au cas où vous en doutiez encore, la fin de "Gatsby le Magnifique" vous le confirmera.

"Gatsby le Magnifique" dresse un tableau franchement amer de la bourgeoisie américaine de l'entre-deux-guerres, à l'heure de la prohibition : alcool, corruption, fascination pour l'argent, amoralité, irresponsabilité, hypocrisie.
Malheureusement, j'ai trouvé que Fitzgerald n'avait pas réellement l'air d'assumer ce qu'il écrivait et qu'il délaissait malheureusement l'analyse pour se cantonner à la description.
Ses personnages sont caractérisés à travers leurs actions mais semblent débarrassés de tout état d'âme.
Et au lecteur de se contenter de ses portraits de façade, sans conscience aucune.
Mais peut-être était-ce justement le but précis poursuivi par l'auteur...

Une lecture que je ne regrette pas mais dont j'attendais plus.
Je voulais découvrir ce roman avant la sortie en salle le mois prochain de son adaptation cinématographique.
A présent que j'ai lu le roman et découvert le trailer, je me tâte à aller voir le film...
Je ne doute pas que l'excentricité de Baz Luhrmann colle parfaitement à cette période extravagante, folle et bling bling dont se nourrit le roman. En revanche, en apercevant les quelques images du film, je crains que le réalisateur n'ait quelque peu dénaturé le scénario initial en ré-interprétant la relation unissant Gatsby à Daisy (c'est pas vraiment du Roméo et Juliette)...









13 avril 2013

La mort d'Ivan Ilitch - Léon Tolstoï


Publiée en 1886, "La mort d'Ivan Ilitch" est une nouvelle née sous la plume de l'écrivain russe Léon Tolstoï, notamment célèbre pour ses romans "Anna Karénine" et "Guerre et Paix".

" Plus la vie avançait, plus elle devenait mortelle." p.104

Ivan Ilitch, conseiller à la Cour d'Appel, est mort à l'âge de 45 ans des suites d'une maladie incurable. L'occasion de retracer les grandes lignes d'une existence "très simple, très ordinaire, et très effrayante".
Avant de tomber malade, Ivan Ilitch pouvait se targuer d'un parcours de vie sans embûches mais sans éclat particulier. Ayant épousé sans plus de conviction Prascovia Fiodorvna, il était avant tout marié à son travail, chose bien commode lorsqu'il s'agissait d'échapper aux disputes lancées par sa femme.
L'arrivée de la maladie et surtout l'éventualité de la mort qui l'accompagne le font complètement reconsidérer tout ce qu'il a autour de lui.
C'est que plein d'insouciance et avec l'assurance de toujours faire les choses comme il faut, il n'avait jamais songé à la mort comme un phénomène susceptible de le concerner un jour.
Au delà de la douleur physique, l'homme souffre surtout de la solitude, constatant que son épouse le tient pour responsable de son état, que ses enfants ne semblent pas en être affectés et que ceux qu'ils pensaient être ses amis l'apprécient plus par intérêt que pour le seul plaisir de sa compagnie.
Ivan Ilitch a toujours vécu dans le respect des convenances et constate avec chagrin que ses proches ont fait de même. Pourquoi ne lui témoignent-ils aucune pitié et entretiennent-ils cette illusion autour de sa maladie alors qu'ils le savent condamné ?
Comment peuvent-ils éluder la question de sa mort imminente alors que lui-même ne parvient pas à apprivoiser cette idée ?
Si Ivan Ilitch a toujours fait en sorte de se rendre aimable, était-il pour autant aimé ?
Le premier chapitre, consacré à la veillée funèbre, annonce d'emblée la couleur en dépeignant la cruelle hypocrisie ambiante dont était entouré le défunt.

" Etait-ce le matin, était-ce le soir, vendredi ou bien dimanche, tout cela était pareil, une seule et même chose : la même douleur lancinante, ininterrompue, torturante; la conscience que la vie s'écoulait, inexorablement, mais qu'elle était encore là ; que cette mort terrifiante se rapprochait toujours davantage, elle, qui était la seule réalité, et toujours les mêmes mensonges.
Que signifiaient alors les jours, les semaines et les heures de la journée ?" p.87

Pour ma première rencontre avec Tolstoï, j'ai préféré "commencer léger" et je dois dire que je suis plutôt satisfaite de ce choix dans la mesure où loin d'être ampoulé, le style de cette nouvelle s'est révélé accessible et fort agréable.
Le parcours d'Ivan Ilitch et surtout les angoisses et les questionnements qui se posent à lui au soir de sa vie m'ont inspiré un sentiment de tendre pitié.
Chacun de nous n'a qu'une seule vie et il arrive que des êtres se persuadent durant des années d'en connaître le sens pour finalement réaliser qu'ils étaient complètement à côté de la plaque ou pire, emportent sur leur lit de mort des questions restées sans réponses.
Une petite nouvelle qui donne à réfléchir sur notre propre sort le jour venu et sur nos réactions face à la disparition des êtres qui nous sont proches.
Une jolie découverte qui m'encourage à dépoussiérer mon exemplaire d'"Anna Karénine" :)








11 avril 2013

Crimes exemplaires - Max Aub



Publié en Espagne en 1957 et traduit en français en 1997, "Crimes exemplaires" est un recueil de courts textes rédigés par l'écrivain espagnol d'origine allemande Max Aub.

"Crimes exemplaires" rassemble près de 130 confessions émanant d'êtres ayant laissé libre court à leurs pulsions meurtrières.
Les protagonistes comme les victimes sont anonymes, ces dernières ayant pour seul point commun de s'être trouvées au mauvais endroit au mauvais moment.
Toutes ont été assassinées pour des motifs divers, souvent futiles voire complètements absurdes, en réaction à une situation jugée injuste et insupportable.
Les coupables n'expriment aucun repentir et ne tirent aucune fierté de leur geste, justifiant celui-ci comme résultant d'une exaspération passagère qui a dérapé.
Il n'est pas rare qu'une certaine fausse mauvaise foi s'invite entre les lignes.

" Je suis couturier. Je ne le dis pas pour me flatter, ma réputation est bien établie : je suis le meilleur couturier du pays. 
Cette femme tenait absolument à ce que je l'habille. Une fois arrivée chez elle, de son manteau elle se fit une veste et cela comme si c'était sa propriété absolue.
A ce vêtement vert elle assortit l'écharpe orange de son ensemble gris de l'année passée et des gants  couleur de rose.
Subrepticement j'ai attaché son voile à la roue de la voiture. Le démarrage a fait le reste.
C'est au vent seulement qu'on doit jeter la pierre." p.39

" Il m'a brûlé avec une cigarette, très fort. Je ne dis pas qu'il l'ait fait volontairement, mais la douleur est la même. Il m'a brûlé et m'a fait mal, j'ai vu rouge et je l'ai tué.
Moi non plus, je n'avais pas l'intention de le faire, mais j'avais cette bouteille à la main." p.41

La mort et le meurtre se répandent ici en tellement d'anecdotes que mis bout à bout, ces courts textes renvoient l'acte meurtrier à une certaine banalité, faisant de celui-ci un geste du quotidien aux raisons diverses.
C'est à peine si je me rendais compte de ce qui se passait que le crime était déjà commis. Ce qui ne m'a pas empêchée de sourire plus d'une fois en songeant à certaines situations qui auraient pu me pousser au meurtre (mon très bruyant ancien voisin par exemple ^^).
Tout est dit en quelques phrases ciselées dont se dégage une certaine impertinence, une insouciance toute enfantine.
Amateurs d'humour noir, cet ouvrage est à savourer :)

" Il m'avait éclaboussé de haut en bas. Ceci passe encore...Mais il avait surtout entièrement trempé mes chaussettes. Et ça ne je puis pas le supporter. Je n'y résiste pas. Pour une fois qu'un piéton tue un malheureux chauffeur, on ne va pas ameuter la terre entière." p.102

1 avril 2013

Le vieil homme et la mer - Ernest Hemingway


Publié aux USA en 1951 et traduit en français l'année suivante, "Le vieil homme et la mer" est un roman de l'écrivain américain Ernest Hemingway, notamment auteur de "Pour qui sonne le glas", "Le Soleil se lève aussi" ou encore "Paris est une fête".
Dernier texte publié de son vivant, "Le vieil homme et la mer" lui valut le prix Pulitzer en 1953 et le Nobel de littérature en 1954.

En 84 jours, le vieux Santiago n'a pas pêché un seul poisson. Le jeune Manolin, qui l'accompagne d'ordinaire lors de ses sorties en mer, s'est vu forcé par ses parents de rejoindre un "bateau qu'a de la veine".
Le 85ème jour, le vieux pêcheur décide que c'en est trop et part seul en mer avec la ferme intention de ne pas rentrer bredouille.
Au bout de quelques heures, il semble avoir fait une sacrée touche. Mais comment harponner cet énorme espadon qui mesure deux pieds de plus que sa barque ?

Encore un classique qui traînait désespérément dans ma PAL sans que je ne puisse vraiment dire pourquoi...
Ai-je apprécié ce court roman ? Oui mais... J'ai beaucoup aimé la complicité qui lie Santiago au petit Manolin et la tendresse de ce garçon pour ce vieux bonhomme, ce "grand-père" envers lequel il se sent responsable.
J'ai aussi apprécié la compagnie de Santiago, un pêcheur expérimenté qui va pourtant courir tous les risques pour ramener sa carcasse, son poisson et son honneur sur la terre ferme.
Livré à lui-même très loin du rivage, au gré des caprices de la météo et du monde sauvage, il passera néanmoins 3 jours et 2 nuits à traquer ce gros poisson jusqu'au bout, repoussant sans cesse les limites imposées par son corps fatigué et endolori.
En ce sens, "Le vieil homme et la mer" s'interprète comme une fable sur le dépassement de soi.

" Faut bien dire que c'est pas juste, pensa-t-il, mais je lui ferai voir tout ce qu'un homme peut faire, et tout ce qu'un homme peut supporter."
- J'ai dit au gamin que j'étais un drôle de bonhomme, dit-il. C'est le moment ou jamais de le prouver.
Qu'il l'eût déjà prouvé mille fois, cela ne signifiait rien. Il fallait le prouver encore.
Chaque aventure était nouvelle. Dans l'action le vieux ne pensait jamais au passé." p.76

Mais il est aussi le récit d'une rencontre, plus qu'un duel, entre un homme et un poisson plutôt coriace qui détourne quelque peu Santiago de sa solitude.
Entre eux s'instaure une forme de respect, de dialogue, même si l'on sait qu'un des deux finira bien par devoir lâcher l'affaire.
Ma déception ne concerne donc ni l'histoire ni le message mais plutôt l'écriture que j'aurais crue plus travaillée, étant donné les prix remportés par ce roman.
En même temps, je dois bien reconnaître que c'est justement ce style simple qui contribue à conférer à Santiago son caractère authentique et à le rendre attachant aux yeux du lecteur.
Du coup me voilà bien embêtée mais néanmoins curieuse de découvrir un autre roman d'Hemingway.


L'avis de  Lili Galipette 

                                                                  




30 mars 2013

Coup de gigot et autres histoires à faire peur - Roald Dahl


"Coup de gigot et autres histoires à faire peur" est composé de 4 nouvelles publiées entre 1954 et 1960 et rédigées par l'écrivain britannique Roald Dahl, notamment auteur de "Charlie et la chocolaterie", "Charlie et le grand ascenseur de verre", "Matilda" ou encore de "Sacrées Sorcières".
Ces 4 nouvelles se retrouvent également dans le recueil "Kiss Kiss".

Dans "Coup de gigot", Mary Maloney attend patiemment le retour de son époux à la maison. A son arrivée, elle lui prépare un verre de whisky comme à son habitude. Mais cette fois, son mari l'avale d'une traite, s'en sert immédiatement un second avant de lui annoncer qu'il la quitte.
Sous le choc, Mary lui assène un coup violent à l'aide du gigot d'agneau congelé qui devait servir au repas.
Reste à savoir maintenant comment se débarrasser de l'arme du crime...
"Tous les chemins mènent au ciel" et c'est le moins que l'on puisse dire...Mme Foster vit depuis des années avec la peur d'arriver en retard et de manquer son avion.
Lorsqu'elle décide de rendre visite à sa fille à Paris, son mari n'y met pas vraiment du sien pour respecter le timing. Contre toute attente, Mme Foster est bien décidée à ne pas louper son vol et plante son mari à la maison.
Le jeune Billy Weaver débarque à Bath par le train et se laisse tenter par une charmante pension proposant des chambres à prix modique. "La logeuse" se montre d'une extrême amabilité et lui annonce qu'ils sont les deux seuls occupants de la maisonnée.
Au moment de signer le livre d'or, le jeune homme y découvre deux autres noms qui lui semblent étrangement familiers...
C'est à une bien curieuse expérience que vont se livrer "William et Mary" ! A la mort de son mari, Mary hérite de tous ses biens ainsi que d'une longue lettre posthume.
William lui décrit sa rencontre avec le neurochirurgien John Landy et lui détaille sa curieuse proposition : maintenir le cerveau de l'homme en vie après sa mort...

Si Roald Dahl est surtout célèbre pour ses histoires pour enfants, il compte également dans sa bibliographie une série de nouvelles plus destinées aux adultes.
Si cet ouvrage-ci figure dans la collection Folio Junior, je vous conseillerais néanmoins de ne pas l'offrir à un enfant de moins de 12 ans.
Il est tout de même question-ci de revanche féminine et de meurtre ! J'ai beaucoup aimé l'humour noir de l'auteur et sa facilité à passer en quelques mots d'un cadre bon enfant à une ambiance macabre.
Les personnages principaux féminins présents dans chacune de ses nouvelles semblent tous si inoffensifs au départ. Mais dès l'instant où la contrariété cède la place à la soif de vengeance, le ton se fait plus sournois et un rictus ou un simple petit mouvement oculaire trahit rapidement la suite des événements.
Un très bon moment de lecture !



25 décembre 2012

Une affaire de charme - Edith Wharton






"Une affaire de charme" regroupe 7 nouvelles - rédigées entre 1891 et 1934 - de l'écrivaine américaine Edith Wharton, notamment auteure des recueils "Les lettres" et "Le miroir" mais aussi de "Xingu", d'"Ethan Frome" ou encore des célèbres romans "Le Temps de l'Innocence" et "Chez les Heureux du Monde".

"La vue de Mrs Manstey" ou le quotidien d'une veuve esseulée, femme d'habitude qui se raccroche depuis 17 ans à la vue sur les cours voisines que lui offre sa fenêtre. Un petit monde sur le point de lui être enlevé.
Dans "La plénitude de la vie", il est question d'une femme qui, le jour de sa mort, rencontre l'Esprit de vie mais surtout son âme soeur, cet homme qu'elle n'attendait plus et qui surpasse en tous points son piètre mari. Mais alors que cet homme parfait lui propose de s'établir ensemble au Paradis, voilà qu'elle hésite...

" Mais j'ai souvent pensé que la nature d'une femme est semblable à une grande maison avec de nombreuses pièces : il y a le vestibule, que tout le monde traverse pour entrer et pour sortir; le grand salon, où l'on reçoit les visites formelles; le petit salon, où les membres de la famille vont et viennent à leur guise; mais au-delà, bien au-delà, il y a d'autres pièces dont on ne tourne pas peut-être jamais les poignées de porte; personne ne sait y aller, personne ne sait où elles mènent; et dans la chambre la plus reculée, le saint des saints, l'âme se trouve seule dans l'attente d'un bruit de pas qui n'arrive jamais." p.25
Dévasté par la mort de son épouse, Mr Grançy se réfugie dans le travail et s'enfuit à l'étranger durant 5 ans. De retour dans sa maison de campagne, il fait appeler son ami peintre Claydon et lui demande de retoucher le portrait qu'il avait fait de sa femme des années plus tôt, afin que celle-ci vieillisse en même temps que lui...Claydon a bien du mal à transformer son chef d'oeuvre en "Tableau mouvant".
"Je m'aperçus que, comme la plupart d'entre nous dans les moments d'extrême tension morale, il prenait une attitude, il se comportait comme il pensait qu'on devait le faire en face d'un désastre.
La posture instinctive du chagrin est un compromis instable entre l'incrédulité et la prostration; et l'orgueil incite à affronter plus dignement un pareil ennemi." p.38

Margaret Ransome, femme droite et dévouée à son brillant mari, s'étonne de cette nouvelle jeunesse et des élans fougueux que lui inspire...un autre homme, plus jeune et plus romantique.
Trouvera-t-elle en lui "Le prétexte" à quitter son mari ?
" D'abord, ses journées furent fiévreuses et ses nuits, de longues veilles figées. Ses pensées ne furent plus avilies et défigurées par une idée de "culpabilité". Elle avait maintenant honte d'avoir honte. Ce qui s'était produit était aussi éloigné de la sphère de son mariage qu'une transaction dans les étoiles.
Cela lui avait simplement fourni une vie secrète aux joies incommunicables, comme si toutes les sources perdues de sa jeunesse avaient formé un étang caché où elle pouvait désormais revenir, et se baigner." p.72

"Le diagnostic", implacable, laissé par mégarde par son médecin fait prendre conscience à Paul Dorrance que la mort est peut-être un peu plus douce lorsqu'un proche vous tient la main.
Il épouse donc en dernier recours sa maîtresse qu'il fréquente depuis 15 ans. Mais la médecine est loin d'être une science exacte...

" Elle lui obéit à la lettre; elle veilla à son confort, lui épargna les fatigues et les agitations inutiles, lui présenta soigneusement, sur le plateau brillant de sa vigilance, les fleurs du voyage débarrassées de leurs épines.
Les qualités qui avaient fait d'elle une maîtresse parfaite - l'effacement de soi, le sens de l'opportunité, l'art de n'être présente et visible que lorsqu'il le lui demandait - faisaient d'elle (il devait le reconnaître) une épouse idéale pour un homme exclusivement rivé à la contemplation de sa propre fin." p.95
Nalda Craig ne prendra pas la fuite avec son amant avant d'être passée chez le coiffeur pour "La permanente" du mercredi. A son arrivée au salon de coiffure, voilà qu'un doute l'assaille : ne serait-on pas jeudi ? Le bateau de son amant serait-il donc parti sans elle ?

" Il est toujours périlleux de retourner un sentiment dans tous les sens; surtout quand ce sentiment est le bonheur. Le bonheur doit rester semblable à une brise printanière caressant la fenêtre, venant on ne sait d'où, portant le parfum de fleurs invisibles. On ne peut pas le détailler, ni le résumer, comme une opération d'arithmétique..." p.121
La question de l'avenir des membres de la famille Kouradjine pourrait bien être résumée à "Une affaire de charme". C'est du moins ce que pense James Targatt, époux de Nadeja Kouradjine qui fatigué d'héberger et d'entretenir toute la famille de son épouse, se met en tête de les marier chacun à d'illustres personnalités.

A cheval sur deux siècles, ces nouvelles illustrent pourtant en condensé ce thème cher à Wharton qu'est l'institution hypocrite et ennuyeuse du mariage, particulièrement dans les cercles huppés de la société new-yorkaise. Lorsqu'elles n'apparaissent pas fièrement en public au bras de leurs maris, ces femmes mariées se dévoilent au lecteur sous leur vrai jour. Frustrées, esseulées, instrumentalisées, cupides, indécises, certaines se résignent à leur sort sans broncher, d'autres rêvent à un autre, à un ailleurs, sans pour autant se donner les moyens d'en changer...
Car aussi cynique que soit l'auteure, le mot de la fin se veut bien souvent impitoyablement désabusé.

J'ai particulièrement apprécié "La vue de Mrs Manstey", mise en scène terrible d'une fin de vie solitaire, "Le tableau mouvant", ré-interprétation réussie du Portrait de Dorian Gray, "Le diagnostic" et "Une affaire de charme" pour leur touche humoristique et faussement légère. Des romans miniature dont la brièveté ne m'a pas empêchée de piocher de jolies citations ici et là et qui ne font que renforcer mon envie de découvrir les romans d'Edith Wharton.


D'autres avis : Mango - Lili Galipette

        
                                                                                                                                                                                                                   

11 décembre 2012

Ida - Irène Némirovsky




"Ida" est un recueil composé de deux nouvelles - "Ida" et "La comédie bourgeoise" - écrites en français par la romancière russe d'origine ukrainienne Irène Némirovsky, décédée à Auschwitz en 1942.
Ces deux nouvelles sont tirées du recueil "Films parlés" publié en 1934.

"Ida" Sconin a derrière elle une belle carrière de meneuse de revue à laquelle elle ne compte pas renoncer si facilement. Bien qu'elle ait conscience de ne plus être de prime jeunesse, Ida sait aussi qu'elle reste une figure enviée des autres danseuses, plus jeunes, plus sveltes, qui guettent le moindre de ses faux pas avec l'espoir de pouvoir l'évincer.
Mais force lui est de constater que, malgré les rituels qu'elle s'impose quotidiennement, certaines signes de vieillesse ne trompent personne. Repousser les effets du temps qui passe s'avère de plus en plus pénible, surtout lorsque certains souvenirs du passé se rappellent subitement à elle...

"Depuis quinze ans seulement, elle récolte le fruit d'une longue patience. Certes, elle ne se fait pas d'illusions. Ce n'est pas grand chose, cette rumeur, cet éclat, pour aboutir à quoi ?...
A une femme nue, qui descend les marches d'un escalier d'or...
Mais si elle a eu d'autres rêves, elles sait, depuis longtemps, qu'il faut se contenter, au terme d'une vie humaine, de ce demi-échec qui s'appelle réussite, espoirs comblés, couronnement d'une carrière." p.18

"La comédie bourgeoise" balaie en quelques pages toute une vie d'abnégation. Elevée au sein d'une famille bourgeoise, la jeune Madeleine se résout à accepter le mariage arrangé par ses parents avec celui qu'ils estiment être un bon parti. Si son mari se révèle rapidement être un coureur de jupons, Madeleine se laisse entendre par sa mère que c'est là le sort de la plupart des femmes mariées.
Seule à la maison toute la journée, Madeleine rompt avec sa solitude à la naissance de ses enfants. Mais pour combien de temps ? C'est que les enfants grandissent et oublient si vite qui les a bercés, nourris, choyés...

Deux parcours de femmes à la détresse silencieuse, lasses d'une vie sans amour et surtout d'une jeunesse passée trop vite. Une éternelle célibataire, battante, qui ne se nourrit que de gloire et une épouse réservée et en manque de reconnaissance, toutes deux débarrassées très tôt de leurs illusions, esseulées mais toujours dignes face à un entourage, à un public qui leur témoigne une indifférence cruelle.
Irène Némirovsky brosse en peu de mots deux vies en accéléré présentées au travers de moments-clé : tandis que certains souvenirs de jeunesse reviennent par flash-backs à Ida, nous découvrons le parcours de Madeleine au fil de quelques bonds dans le temps.
Loin d'être incomplets, ces deux portraits de femmes possèdent une force de concision et une puissance évocatrice remarquables !
J'ai savouré ces deux textes mais avec parcimonie, tant le fatalisme qui s'en dégageait m'a laissé un goût amer...

L'avis de Cécile QD9

 


26 novembre 2012

L'étrange cas du Dr Jekyll et de Mr Hyde - Robert Louis Stevenson


Publiée en 1886, "L'étrange cas du Dr Jekyll et de Mr Hyde" est une nouvelle écrite par l'écrivain écossais Robert Louis Stevenson, également auteur du célèbre "L'Ile au Trésor".

Dr Jekyll et Mr Hyde ou le récit d'une expérience qui a mal tourné.
A Londres, au cours d'une année non précisée mais que l'on devine située à la fin du 19ème siècle, le notaire Mr Utterson s'entretient avec son cousin du mystérieux Mr Hyde, un être aussi laid que malfaisant que celui-ci affirme avoir vu agresser une petite fille avant de se retrancher dans la demeure du bon Dr Jekyll.
Utterson n'est pas au bout de ses surprises puisqu'il apprend que son vieil ami le Dr Jekyll vient de léguer tous ses biens à Mr Hyde dans le cas où il lui arriverait malheur endéans les 3 mois.
Inquiet, Utterson se rend alors chez le Dr Lanyon, un ami commun, qui lui affirme que lui et Henry Jekyll se sont disputés pour cause de différents scientifiques.
Et tandis qu'Utterson tente de comprendre ce qui peut bien avoir poussé son ami à héberger cet ignoble individu, plusieurs meurtres sont perpétrés en ville...

 " Permettez que j'emprunte mon propre chemin de ténèbres. J'ai attiré sur moi un châtiment et un péril qu'il m'est impossible de nommer. Je suis le plus grand des pêcheurs, je suis également la plus grande des victimes.
Je n'aurais jamais cru que le monde puisse renfermer un endroit de souffrances et de terreurs aussi déshonorantes. Vous ne pouvez faire qu'une chose pour soulager mon destin, Utterson, c'est respecter mon silence." p.69

L'histoire du Dr Jekyll et de Mr Hyde a donné lieu à de nombreuses (ré)interprétations. Pour ma part, la seule que je connaisse pour l'avoir vue un millier de fois date de 1990 et consiste en un téléfilm dans lequel Michael Caine campait magistralement le personnage du Dr Jekyll.



Je me souviens de ces vendredis soirs passés devant la télé avec mon frère chez mon père où nous venions un weekend sur deux. Il arrivait fréquemment que nous enregistrions les films pour les revoir ensuite. Trompant la vigilance de mon père qui tombait de sommeil au bout du premier film de la soirée, nous restions tous deux scotchés à l'écran, attendant impatiemment le second film, beaucoup plus trash que le premier :)
J'ai ainsi vu à l'âge de 8 ans "Carrie au bal du Diable", adaptation du roman de Stephen King qui m'a véritablement traumatisée (bon sang la scène avec la mère et les couteaux de cuisine ! Pendant longtemps, je n'ai plus osé regarder le socle à couteaux de notre propre cuisine, comprendra qui pourra ^^), "Misery"( ah les pauvres jambes de Paul Sheldon !) et bien d'autres encore parmi lesquels figure "Jekyll &Hyde".
Ce n'était pas le film le plus gore du lot et pourtant c'est sans doute celui qui aura le plus bercé marqué mon enfance abondamment nourrie de Disney et de contes peuplés de personnages clairement définis comme bons ou mauvais; puis questionnée ensuite quant à cette possibilité que puissent coexister le bien et le mal au sein d'une même personne.
Malgré mon vif intérêt pour ce film, je n'avais toutefois jamais poussé la curiosité jusqu'à chercher l'histoire originale, préférant conserver intacts mes souvenirs VHS.
Allez savoir pourquoi j'ai fini par me décider, réalisant qu'à l'instar de "Dracula" ou de "Frankenstein", il est finalement des histoires que l'on connaît sans vraiment les connaître, parce qu'on en a vu une adaptation ciné ou qu'on en a tellement entendu parler par d'autres.
En faisant une recherche sur les différentes éditions existantes, je suis tombée sur la présente couverture qui m'a tout de suite tapée dans l'oeil (ce qui m'arrive plutôt rarement dans la mesure où je ne considère pas l'esthétique d'un ouvrage comme un facteur déterminant à son achat).
Comble de chance, j'ai justement pu acquérir dans la même collection (Marabout Fantastic) "Dracula" et "Frankenstein".

 

Etant donné que Marabout a décidé de ne plus rééditer cette collection, à moins d'avoir beaucoup de chance dans votre librairie, je vous conseille de vous orienter vers Am****ou autre si vous souhaitez acquérir l'un de ces ouvrages.

Sur ce, il serait peut-être temps que je vous explique en quoi l'histoire du Dr Jekyll et de Mr Hyde m'a plu et continue de me plaire.
Plus j'y pense, plus je me dis que ce n'est pas tant l'aspect épouvante (les lecteurs assidus de ce blog savent que je ne suis pas naturellement attirée par le genre) que tout le questionnement psychologique et éthique entourant le Dr Jekyll/Mr Hyde qui fait mon intérêt pour cette histoire.
Stevenson entretient un certain mystère autour de ce Dr Jekyll, médecin respectable et aimé de tous que l'on s'attend, vu l'époque, à voir marié et père de famille.
Or il n'en est rien (le personnage joué par Cheryl Ladd dans le téléfilm a donc été créé de toutes pièces) et l'on devine déjà chez le médecin un certain goût pour la réclusion.
Bien qu'à l'aise en société, le Dr Jekyll occupe son temps libre à des recherches de l'ordre du transcendantal et du mystique, ce qui n'est pas du goût de tout le monde, particulièrement de celui de ses confrères.
Comme il le dit lui-même dans sa confession qui parachève la nouvelle, il s'est toujours intéressé à la "nature duelle de l'être humain", estimant que chacun possède en lui une part de bien et une part de mal indissociables.
Tiraillé lui-même par ces deux composantes de l'âme, il décide un jour de se prendre lui-même pour sujet d'expérimentation, usant d'une obscure chimie qui lui permet ainsi de créer ou plutôt de révéler Mr Hyde.
Le premier résultat dépasse ses attentes. Libre et en sécurité dans cet autre corps inconnu de tous, délesté de sa vertu et du contrôle de soi, Henry Jekyll peut ainsi agir à sa guise et assouvir ses pulsions longtemps réfrénées, en dépit et aux dépens des autres.

" Comme je l'ai dit, les plaisirs que, sous mon déguisement, je me hâtai de chercher étaient immondes, inutile d'employer un autre mot. Mais entre les mains d'Edward Hyde, ils ne tardèrent pas à virer au monstrueux.
Lorsque je revenais de mes expéditions, j'étais souvent en proie à une sorte d'étonnement face à ma dépravation par procuration. Le démon familier que j'avais extirpé de mon âme et lâché en toute liberté à ses propres réjouissances était empreint d'une malignité et d'une bassesse absolues; la moindre de ses actions, la moindre de ses pensées étaient centrées sur lui-même; il se repaissait avec une avidité bestiale du plaisir que lui procuraient toutes les tortures imaginables qu'il infligeait aux autres; il était implacable comme une statue de marbre.
Parfois, Henry Jekyll était horrifié par les crimes d'Edward Hyde, mais la situation échappait aux lois humaines, ce qui apaisait insidieusement sa conscience.
Après tout, c'était Hyde, et lui seul, qui était coupable. Jekyll n'avait pas changé; il se réveillait toujours doté des mêmes qualités apparemment intactes; il s'empressait même, quand cela était possible, de réparer le mal fait par Hyde. Ainsi sa conscience sommeillait. " p.128
Mais, comme on pouvait s'y attendre, ça dérape. Le médecin est allé trop loin et finit par devenir esclave d'une expérience - cette "double vie irréversible" - qu'il ne maîtrise plus.
C'est bien cette perte de contrôle (il ne décide plus quand il est bon ou mauvais), et non un élan de remords face à ses crimes, qui place le Dr Jekyll face à un second dilemme. Après s'être interrogé sur la façon de dissocier le bien du mal au sein d'un seul être, il se demande à présent comment éradiquer définitivement le second...

Comme le Dr Jekyll, je suis d'avis que chaque individu possède une part de bien et de mal différemment réparties en fonction de chacun. Je pense aussi qu'aucun individu ne peut se targuer de n'avoir jamais commis aucun pêché quel qu'il soit, cédé à la moindre lâcheté ou proféré moins d'un mensonge, d'une menace ou d'une toute petite mauvaise pensée à l'égard de quelqu'un.
De là à dire que chacun de nous est un serial-killer qui se cherche, bon quand même... :)

Je recommande donc ce coup de coeur (mais ça vous l'aurez aisément deviné) pour son ambiance nébuleuse qui n'est pas sans rappeler celle de "Jack l'Eventreur" (même époque, même ruelles sombres londoniennes, même climat de tension), son écriture très visuelle qui vous happe de gré ou de force et pour la grande habilité de son auteur à se plonger au coeur de la noirceur de l'âme humaine.

A bon entendeur :)